mercredi, 05 décembre 2007

Les Acouphènes dans l´Histoire: le Masquage

Il a été observé dans la Grèce antique par l'école d'ARISTOTE qu'un sifflement dans l'oreille pouvait être masqué par un son extérieur plus fort. Pendant 2000 ans, on ne s'est jamais servi de cette découverte.

C'est ITARD en 1821 qui fut le premier à réaliser que l'interaction entre un son et un acouphène pouvait être utilisé comme un remède.

URBANTSCHITSCH, en 1883 à Vienne, s'est basé sur les observations d'ITARD et a observé un de ses collègues qui souffrait de cette affliction et qui collait sa montre quelques secondes contre son oreille ce qui procurait une disparition de son acouphène pendant une plus longue période après avoir retiré sa montre de son oreille. Il remarqua que cet effet de masquedépendait plus de l'intensité du son que de sa fréquence, mais cependant les basses fréquences avaient un effet de masque plus important que les fréquences élevées sur l'acouphène, et ce, quelle que soit la fréquence de ce dernier.

Viktor Urbantschitsch

Viktor Urbantschitsch

 

Un "bombardement acoustique" a été pour la première fois utilisé en 1928 par JONES et KNUDSEN afin de traiter l'acouphène. Il fallait désensibiliser certaines régions tonotopiques, régions correspondantes à la fréquence de l'acouphène. Il fallait d'abord déterminer l'intensité et le pitch de l'acouphène dans un premier temps afin de produire un son de même pitch mais d'intensité un peu plus élevée. On a remarqué que souvent l'acouphène demeurait présent. Par la suite nous nous sommes dirigés vers la création d'instruments procurant un masking temporaire à partir de sons ou de bruits. Ces instruments étaient en fait des générateurs basses fréquences.

C'est sur cette idée qu'en 1947, SALTZMANN et ERSNER recommandèrent l'usage de prothèses auditives pour masquer l'acouphène. Ils ont en effet remarqué que certaines bandes fréquentielles de la parole, ou même le bruit environnant, faisaient que le patient n'entendait plus son acouphène. C'est FOWLER qui en 1941, continua à investiguer dans cette direction et on peut remarquer qu'à notre époque le masking des acouphènes est regardé comme l'aspect le plus prometteur et la clé d'un traitement rationnel.

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Une des expériences de FOWLER sur le masquage des acouphènes, 1941.

L'acouphène ressemble à une myriade d'insectes (thermal noise)

mardi, 04 décembre 2007

Les Acouphènes dans l´Histoire: l´Évaluation - 2

LOEBEL, un otologiste allemand, en 1662, a été le premier à observer un son émis spontanément par les deux oreilles, chez un jeune garçon âgé de 3 ans, et ayant une  hauteur d'environ 5020 Hz.

 

Par la suite, d'autres observations similaires ont été faites par CITRON en 1969, KUMPF et HAWK en 1970 et d'autres encore : Il était ici question d'émissions acoustiques, c'est à dire d'otoémissions, qui furent décrites dans les années 80 par KEMP.

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Kemp

 

 

La sensation subjective d'intensité est une des caractéristiques de l'acouphène. Au paravent, nous demandions au patient de décrire sa sensation et de la comparer avec des sons extérieurs, cependant avec l'apparition des premiers audiomètres nous avons pu mesurer l'intensité subjective de l'acouphène.

 

C'est FOWLER qui vulgarisa cette mesure de l'acouphène en 1928. Il utilisa sa technique de la balance de l'intensité dans une ou les deux oreilles et après plusieurs tentatives, il compara ses résultats avec d'autres auteurs, et en 1941, il parla d'une "illusion de grande intensité". En effet le patient se plaint d'un son très intense, nous savons maintenant que l'acouphène, même sévère, se situe entre 1 et 10 dB.

 

A la fin du 19ème siècle, beaucoup de chercheurs voulurent déterminer la caractéristique fréquentielle, c'est à dire la sensation subjective de hauteur tonale de l'acouphène de façon la plus exacte possible, et utilisèrent dès lors le piano, le sifflet de GALTON et d'autres instruments de musique.

 

C'est FOWLER et MINTON en 1923 et plus tard WEGEL, qui souffrait d'un acouphène, en 1931, qui découvrirent que la fréquence de l'acouphène correspondait le plus souvent au dip présent sur l'audiogramme tonal. On discuta ensuite d'un éventuel effet de masque de cet acouphène sur l'audition.

lundi, 03 décembre 2007

Les Acouphènes dans l´Histoire: l´Evaluation

DUVERNEY, en 1683, avait remarqué le fait que certains acouphènes, précisément les acouphènes objectifs, pouvaient être entendus par une personne se trouvant près du patient acouphénique. Il s'est servi de cette simple technique pour commencer sa démarche diagnostique.

 

LAENNEC, qui a inventé le stéthoscope en 1826, a été le premier à utiliser cet instrument dans le cadre de l’auscultation de l'oreille des patients tintopathes.

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Laennec

 

SCHMALZ, l'otologiste allemand, a recommandé en 1846 l'usage du stéthoscope comme examen de routine quand un vrai acouphène était suspecté. Nous avons pu voir se développer par la suite des équipements plus modernes comme le phonocardiographe qui rendit possible l'enregistrement d'acouphènes vasculaires objectifs.

 

Par la suite, en 1952, ENGSTROM et GRAF publièrent 5 enregistrements d'acouphènes vasculaires.

 

Rappelons nous qu’en 1822, c'est ITARD qui proposa comme moyen de diagnostic différentiel, la compression de l'artère carotide.

jeudi, 29 novembre 2007

Les Acouphènes dans l´Histoire: l´Observation - 2

Dans les médecines byzantines, arabe et perse, ALEXANDRE DE TRALLES écrit un chapitre " Au sujet des acouphènes" et mettra en cause, entre autre, l'état psychologique du sujet, et l'état général du sujet ayant subi une maladie antérieure mais met aussi l'accent sur l'irritabilité.

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Alexandre de Tralles

 

 

Dans les écoles Arabe et Perse, on décrit 3 types d'acouphènes : Les TINNITUS qui correspondent à des sifflements, puis les SONNITUS, synonymes de bourdonnements, enfin, les SIBILUS qui sont des grondements. On va trouver ici une approche du problème consistant en de la théorie et de la thérapie, et on propose des tranquillisants tels l'opium, l'huile de ricin… On remarque que les acouphènes sont aggravés par la fièvre, l'alcool, une chute...

 

Dans les écoles de Salerno et de Montpellier (12ème siècle), ces acouphènes seraient dus à des "vapeurs" secouant violemment l'air dans l'oreille interne, et dont les différences modifieraient l'acouphène.

 

L'époque de la renaissance (15 et 16ème siècle), est l'époque des grands anatomistes tels FALLOPIO ou encore EUSTACHIO. Ce dernier explique d'ailleurs que les acouphènes seraient dus aux mouvements des "vapeurs" emprisonnées dans la tête. DUVERNEY dans son "traité de l'organe de l'ouïe" (1683), distingue les acouphènes subjectifs et objectifs. Il établit que pour beaucoup des acouphènes, ils étaient objectifs et qu'il fallait donc commencer par écouter. Il postulera pour une relation entre le caractère de l'acouphène et le type d'excitation: Des bruits sourds et des bourdonnements seraient causés par un ébranlement lâche, tandis que les bruits sifflants et tintants seraient eux causés par un ébranlement serré et tendu.

 

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    Eustache                      Fallopio                      Duverney

 

RIVINIUS propose comme cause, une contraction convulsive des muscles de l'oreille moyenne (purement hypothétique). COTUGNO explique sa théorie : "Les courantes contractions convulsives des muscles de la trompe d'Eustache ou du muscle stapédien entraînent des mouvements des liquides labyrinthiques qui engendreraient une excitation du nerf ".

 

ITARD et l'otologie en France au début du 19ème siècle va constituer le début de la médecine audiologique. ITARD va entreprendre une classification, non pas en prenant pour base les caractéristiques acoustiques des acouphènes mais plutôt en se basant sur leur origine. Il insistera sur le fait de distinguer si l'acouphène est le seul symptôme ou s'il est associé à une perte auditive. Il met en place un test très simple qui est de compresser les artères carotides pendant quelques minutes afin de voir si ce dernier disparaît ou non. Il proposera ensuite une subdivision des faux acouphènes (subjectifs) : Les Acouphènes Idiopathiques dus à une violente excitation du nerf auditif par traumatisme, les Acouphènes Symptomatiques chez des personnes sédentaires, hypocondriaques, hystériques, ayant des problèmes gastriques, des rhumatismes…

 

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Itard

 

Au début et la moitié du 19ème siècle, en Grande Bretagne, on n'avait pas encore atteint le niveau de l'otologie en France (YEARSLEY, 1841). CURTIS, en 1818, propose un traitement à un de ses patients souffrant d'une surdité sévère, à base de sulfate de magnésium et en parallèle un régime antiphlogistique (combattant les inflammations) qui verra se dessiner une augmentation de l'audition et une diminution de ses acouphènes. C'est aussi l'époque où TOYNBEE est retrouvé mort dans sa salle de consultation avec des notes "sur les effets de l'inhalation de chloroforme sur les acouphènes". Sir W. WILDE (père d'Oscar) statua que les acouphènes étaient souvent associés à une perforation tympanique. Il insista sur le fait que ce symptôme devait attirer notre attention sur une éventuelle pathologie de l'oreille.

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Toynbee

 

En Allemagne, en 1845, WURZBURG classifie les acouphènes sur 6 pages. SCHMALZ en 1846 remarque que l'acouphène augmente souvent en position allongée et différencie les acouphènes physiques des acouphènes nerveux. Il recommande l'usage du stéthoscope comme examen de routine quand un vrai acouphène a été suspecté. Le phonocardiographe, par la suite, en rendra possible l'enregistrement. Il invente un système de pression sur la région de la fistule artério-veineuse engendrant des acouphènes pulsatiles. KRAMER quant à lui, émet l'hypothèse de l'irritation de la corde du tympan comme pouvant donner des acouphènes.

 

Nous pouvons nous rendre compte après ces quelques rappels historiques que l'acouphène est présent dans l'histoire depuis des siècles et qu'il a depuis toujours poussé les hommes à chercher un remède contre ces "tintements", VANGOGH ne l’a pas trouvé, et TOYNBEE non plus.

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Van Gogh

mercredi, 28 novembre 2007

Les Acouphènes dans l´Histoire: l´Observation - 1

Le symptôme que constituent les acouphènes est connu depuis des centaines d'années. Des personnalités comme HIPPOCRATE, LUDWIG VAN BEETHOVEN, TOYNBEE, VAN GOGH ou J.J. ROUSSEAU se sont plaints de ces bruits.

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L. Von Beethoven

La 1ère trace d'acouphènes découverte, remonte à 2660-2160 avant Jésus-Christ sur une tombe près de Luxor, Egypte, inscrite dans du papyrus.

A l'époque de la médecine babylonienne, on les a traités à partir d'incantations, employées en parallèle à une administration de médicaments. On avait déjà développé l'idée que l'esprit jouait un rôle important dans la maladie.

Dans l'Inde antique (1500 avant J-C.), on distingue les bourdonnements d'oreilles et les tintements d'oreilles. Les scientifiques de l'époque interprètent ces acouphènes comme des symptômes prévenant des troubles importants.

Dans la Grèce antique (400 avant J-C.), HIPPOCRATE dans son "corpus hippocraticum" mentionne les acouphènes 6 fois, et les considère comme le symptôme d'une condition alarmante. ARISTOTE, quant à lui, va introduire le masking de l'acouphène dans ses écrits "Problemata physica", dans lesquels on trouve le problème 9 : 

" Pourquoi le bourdonnement cesse si l'on produit un son ? Parcequ'un son plus fort chasse un son plus petit. "

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                     Hippocrate                      Aristote

Dans la médecine Greco-Romaine , CELSUS distingue trois conditions pouvant amener un acouphène : L'acouphène le plus léger est dû au froid dans la tête. L'acouphène est mauvais quand il est causé par une maladie ou par des douleurs prolongées dans la tête. L'acouphène est le plus mauvais quand il précède de sérieuses maladies et particulièrement l'épilepsie.

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Celsus

PLINE L'ANCIEN proposera des infusions à base de vin et de miel. GALEN quant à lui propose une mixture à base d'huile de ricin et de vinaigre.

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Pline l'Ancien